Alimentation du cheval en Belgique : les chiffres wallons existent, mais pas dans le Code
Dernière vérification le 20 septembre 2026
La Belgique est le seul de nos marchés où quelqu'un a écrit les chiffres : seize heures d'accès au fourrage, quatre heures de jeûne au maximum, 1,5 % du poids vif. Ils sont précis, ils sont publics — et ils ne sont pas dans le Code. Savoir lequel des deux textes vous lisez change ce qu'ils vous obligent à faire.
Ceci résume des textes et des travaux publiés et ne remplace pas l'avis d'un vétérinaire. La ration d'un cheval dépend de son poids, de son travail, de sa dentition, de son état métabolique et du fourrage qu'il a devant lui. Ce qui s'applique au vôtre relève d'un vétérinaire ou d'un nutritionniste équin — a fortiori pour un cheval fourbu, insulino-résistant, sujet aux ulcères ou maigre.
Attention à la région. Contrairement à la vaccination, le bien-être animal n'est plus fédéral depuis 2014 : cette page suit le Code wallon et l'avis wallon. La Flandre et Bruxelles ont leurs propres textes, et ce qui suit ne les décrit pas — pour la Flandre, lisez la version néerlandaise, qui suit la Codex flamande et n'est pas une traduction de celle-ci.
En France ou en Suisse ? Lisez plutôt le guide français ou le guide suisse.
Le Code, d'abord : contraignant et sans chiffre
Le texte qui oblige est le Code wallon du Bien-être des animaux (décret du 4 octobre 2018, Moniteur belge du 31 décembre 2018). Son article D.8 dit :
Toute personne procure à l'animal qu'elle détient une alimentation, des soins et un logement ou un abri qui conviennent à sa nature, à ses besoins physiologiques et éthologiques, à son état de santé et à son degré de développement, d'adaptation ou de domestication.
C'est exigeant dans l'esprit et muet sur les nombres : ni durée, ni quantité, ni fréquence. Le paragraphe suivant autorise le Gouvernement à adopter des règles complémentaires par espèce — la porte par laquelle des chiffres pourraient un jour entrer.
L'avis du CWBEA : là sont les chiffres
Le Conseil wallon du bien-être des animaux a rendu, le 9 septembre 2021, un avis sur le logement des équidés, fruit d'un groupe de travail réuni seize fois. Sur l'alimentation, il est aussi précis que le Code est général :
- Seize heures par jour. Le fourrage grossier doit être mis à disposition « pendant une durée adéquate (accès illimité ou fractionné comprenant 2 distributions minimum, matin et soir), permettant un accès pendant minimum 16 h/j, avec pas plus de 4 heures consécutives sans aliment ».
- 1,5 % du poids vif. Le fourrage grossier doit être disponible en quantité suffisante, « ex. : minimum 1,5 % du poids vif par jour, en matière sèche de foin brut, pour un cheval adulte », adaptée aux besoins individuels.
- 35 % au moins de la ration, en fourrage grossier. Quand on utilise des fourrages préparés — hachés, compressés, présentations industrielles — l'avis demande d'y rajouter du fourrage grossier à hauteur de 35 % minimum de la ration totale, pour entretenir la mastication et la salivation.
- La litière ne compte pas. Dit sans détour : « Une litière de paille ne suffit donc habituellement pas. » La paille fourragère est un fourrage ; la paille sous les pieds n'en est pas un.
Mis en regard des voisins, ces chiffres ne sont pas timides : l'Allemagne recommande douze heures de fourrage, la Wallonie en conseille seize. Sur le jeûne maximal, les deux tombent sur quatre heures.
Ce que « avis » veut dire, exactement
C'est le point à ne pas rater, et l'avis le dit lui-même. Certaines de ses parties, précise-t-il d'entrée, sont « à considérer comme des propositions légales » — et il souligne que ce serait une première, puisque cela s'appliquerait aussi aux particuliers.
Autrement dit : du droit souhaité, pas du droit en vigueur. Un avis du CWBEA ne crée pas d'obligation par lui-même ; il conseille le Gouvernement, qui dispose à l'article D.8 §2 du pouvoir d'en faire des règles. Tant qu'il ne l'a pas fait, seize heures sont une recommandation sérieuse et documentée, pas une norme opposable.
Cela place la Belgique dans une position singulière au sein de cette série. La Suisse a l'obligation contraignante et aucun chiffre ; l'Angleterre a un code que le juge pèse sans qu'il lie ; la Wallonie a les chiffres les plus précis de tous — dans le document qui en a le moins la force. Savoir lequel vous lisez, c'est savoir si vous risquez une sanction ou si vous suivez un bon conseil. Les deux méritent d'être suivis ; ils ne s'opposent pas de la même façon à une inspection.
Presque tous les chiffres publiés sont par kilo de poids vif
C'est la raison concrète de peser l'aliment plutôt que de compter les louches. Les recommandations ci-dessous sont exprimées en grammes ou en pourcentages par kilo de poids vif du cheval : aucune ne s'applique à « une demi-louche » sans savoir ce que pèse le cheval et ce que contient la louche.
Une louche est un volume, et les aliments n'ont pas la même densité. Pesez une fois la louche de chaque aliment, sur une balance de cuisine, et écrivez le chiffre sur le bac. Cette seule mesure rend vérifiable chacune des recommandations de cette page — y compris les 1,5 % wallons.
Amidon : les deux chiffres étayés
Là où le Code se tait, le consensus de l'ECEIM sur le syndrome d'ulcère gastrique équin est très concret :
La ration ne devrait pas dépasser 2 g/kg de poids vif d'amidon par jour, ni plus de 1 g/kg de poids vif d'amidon par repas.
Pour un cheval de 500 kg, cela fait 1 kg d'amidon par jour et 500 g en un seul repas. Dépasser 2 g/kg de poids vif par jour est associé à environ deux fois plus de risque de lésion squameuse de grade 2/5 ou pire.
Ce qui est limité, c'est l'amidon, pas l'aliment : un kilo de mélange à 20 % en contient 200 g, un kilo d'aliment céréalier à 40 % le double. La valeur est sur le sac ou à demander au fabricant. L'avis wallon rejoint ce point par un autre chemin, en mettant en garde contre une nourriture trop riche — « concentrés en excès » — comme facteur prédisposant à la fourbure et aux coliques.
Là où les données sont plus faibles que le conseil
« Donnez plus de fourrage et les ulcères se régleront d'eux-mêmes » est l'affirmation la plus répétée du sujet. Le consensus ne la soutient pas telle quelle. Il note que l'accès libre à un aliment fibreux est largement considéré comme réduisant le risque d'ulcération « bien que les preuves solides à l'appui de cette croyance fassent également défaut », et que dans une étude comparant une ration riche en fibres à une ration iso-énergétique pauvre en fibres, le nombre comme la gravité des lésions squameuses étaient plus élevés dans le groupe riche en fibres. Sur la sortie au pré, il qualifie les données de contradictoires.
Rien de tout cela ne retire au fourrage son importance — il reste la base de la ration, et la paille comme unique fourrage est associée à davantage de lésions squameuses, ce qui recoupe exactement l'avertissement wallon sur la litière. Ce que cela signifie est plus étroit : le fourrage seul n'est pas un traitement, et un cheval suspect d'ulcères a besoin d'un vétérinaire et d'une gastroscopie, pas d'un filet plus grand et de six semaines de plus.
Une page qui ne vous livre que la moitié confortable de la littérature ne mérite pas votre confiance sur le reste.
Le cheval qui grossit en le regardant : les chiffres pour maigrir
Pour l'obésité et la dysrégulation de l'insuline, le consensus de l'ECEIM sur le syndrome métabolique équin recommande une ration à base de foin de graminées de plusieurs espèces à 1,25–1,5 % du poids vif réel en matière sèche, soit 1,4–1,7 % en brut. Le chevauchement avec le plancher wallon de 1,5 % n'est pas un hasard et mérite d'être vu en face : la fourchette de restriction commence là où la recommandation d'apport minimal s'arrête. C'est précisément la zone où l'on n'improvise pas — le document reconnaît un débat sur le degré optimal de restriction, « par crainte de ne pas couvrir les besoins minimaux en fourrage ».
Deux résultats du même document, à connaître avant d'installer la routine :
- Le trempage fonctionne, mais il n'est pas précis. Tremper le foin de 7 à 16 heures à température ambiante réduit les glucides hydrosolubles de 24 à 43 %, et s'accompagne de plus du double de perte de masse corporelle par rapport au même foin sec. La fourchette est large parce que le foin varie.
- Réduire les heures de pré ne réduit souvent pas l'ingestion. Le cheval compense en mangeant plus vite : plus de 0,9 % du poids vif en matière sèche mesuré en trois heures de pâturage. Les muselières ramènent l'ingestion à 77–83 % de celle d'un pâturage libre, tout en laissant le cheval chercher et se déplacer. L'avis wallon les mentionne aussi, en demandant qu'elles soient employées avec toutes les précautions requises.
Les aliments céréaliers et les friandises de fruits ou de légumes sont exclus de ces rations pour la même raison : leur teneur en glucides non structuraux.
Les ânes ne sont pas de petits chevaux
L'avis wallon consacre un passage aux ânes, et il vaut d'être repris parce qu'il contredit l'intuition. Leur efficience digestive étant supérieure d'environ 30 % à celle du cheval, ils valorisent très bien les aliments pauvres et devraient avoir accès en permanence à des fourrages grossiers peu énergétiques, comme la paille de céréales. L'avis propose une ration inversée par rapport au cheval : environ 75 % de paille et 25 % de foin ou d'herbe en été, moitié-moitié en hiver, et des prairies maigres plutôt que grasses. Nourrir un âne comme un poney est une manière rapide de le rendre obèse.
Note d'état corporel : le chiffre qui dit si ça a marché
Tout ce qui précède est une entrée — ce qui va dans le seau, en quelle quantité, à quelle fréquence. La note d'état corporel est la sortie : une estimation à la main du gras à des points précis, et la seule chose qui réponde à la question pour laquelle la ration a été choisie. Est-ce que ça marche ?
Elle existe parce que l'œil n'est pas fiable. Le consensus sur le syndrome métabolique rapporte que plusieurs études ont identifié une tendance des propriétaires de chevaux obèses à sous-estimer l'état de leur animal, et ajoute une explication inconfortable : l'obésité équine est assez répandue pour « conduire à une habituation et à l'acceptation de cet état comme apparemment normal ». L'écurie où vit votre cheval a calibré votre œil, et pas forcément bien.
Deux échelles, et le chiffre ne veut rien dire sans savoir laquelle
- De 1 à 9 — Henneke et coll., 1983. 1 est cachectique, 9 extrêmement gras. C'est l'échelle de la majorité de la recherche publiée, consensus de l'ECEIM compris.
- De 0 à 5 — Carroll et Huntington, 1988. 0 est cachectique, 5 extrêmement gras ; 2 et 3 décrivent un état modéré et bon. C'est l'échelle d'usage courant au Royaume-Uni et dans une grande partie de l'Europe.
Donc un 3 est un cheval maigre sur une échelle et un cheval en bon état sur l'autre. Notez 3/5 ou 3/9, jamais 3 : c'est le détail qui survit à une conversation et a disparu à la suivante.
L'encolure se note à part
Le gras de la crête de l'encolure a son propre chiffre, parce qu'il ne suit pas le reste du cheval. La note de crête d'encolure va de 0 (pas de crête) à 5 (une grosse crête qui bascule d'un côté), et l'on considère qu'il y a crête à partir de 3. Carter et coll. l'ont jugée « utile dans l'évaluation de l'adiposité de la crête de l'encolure » et dotée d'une « pertinence physiologique, démontrée par les associations avec des variables sanguines ». Le consensus de l'ECEIM définit l'obésité en y incluant le gras régional excessif, et en rapporte chez 33 % des chevaux d'une enquête dans le sud-ouest de l'Angleterre. Un cheval peut afficher une note globale banale et porter une crête à signaler au vétérinaire.
Là où la notation est plus fragile qu'il n'y paraît
- Elle s'aplatit vers le haut. La relation entre gras total et note cesse d'être linéaire « au-delà de 7/9 » ; passé ce point, la masse corporelle mesure mieux.
- Elle peut ne pas bouger alors que la ration fonctionne. Le document rapporte des variations « variables » après 6 à 12 semaines de restriction. Une note inchangée depuis deux mois n'est pas à elle seule une preuve d'échec.
- La première semaine n'est pas du gras, pour l'essentiel — « en raison de la réduction du remplissage digestif ».
- Elle peut stagner passé douze semaines, le métabolisme de repos s'adaptant à la baisse. Un plateau est une raison de retourner voir le vétérinaire, pas de couper davantage seul.
D'où la réponse : les deux chiffres, et aucun à l'œil. Pour la masse, le document juge la bascule idéale et cite les rubans de pesée et les applications combinant ventre, périmètre thoracique et croupe ; la note dit où se trouve cette masse.
Écrivez-le, parce que ce n'est pas vous qui nourrissez
Tous les chiffres ci-dessus sont mis en échec par la même chose : la ration qui vit dans la tête de quelqu'un. Celui qui prépare l'aliment un samedi n'est pas celui qui l'a décidée, « une louche » convenue en mars a dérivé en août, et un changement fait pour une bonne raison le mardi est invisible pour qui est là le mercredi.
Écrivez la ration là où tous ceux qui nourrissent peuvent la lire — quoi, combien, quand et quels jours. Les seize heures wallonnes, en particulier, ne se vérifient pas de mémoire : elles se vérifient sur un plan qui dit à quelle heure tombe chaque distribution.
Un plan que tous ceux qui nourrissent peuvent lire
EquiDiary garde le plan d'alimentation sur le cheval lui-même : ce qu'il reçoit, en quelle quantité, quand et quels jours. Toutes les personnes avec qui le cheval est partagé lisent le même plan — à la sellerie, hors ligne, là où il n'y a pas de réseau — et seul le propriétaire peut le modifier. À chaque modification, l'application propose de l'inscrire au journal, si bien que ce que le cheval mangeait le mois dernier reste consultable. Vous partez ? Un lien de partage transmet le plan à qui s'occupe des repas, sans compte à créer.
Sources
- Code wallon du Bien-être des animaux, décret du 4 octobre 2018 (Moniteur belge du 31 décembre 2018), article D.8 : alimentation convenant à la nature et aux besoins de l'animal — sans chiffre
- Avis du Conseil wallon du bien-être des animaux sur le logement des équidés, approuvé le 9 septembre 2021 (16 h/j d'accès, 4 h de jeûne maximum, 2 distributions, 1,5 % du poids vif, 35 % de fourrage grossier, litière, ânes) — avis consultatif, dont certaines parties sont présentées comme des propositions légales
- Sykes et coll. — European College of Equine Internal Medicine Consensus Statement: Equine Gastric Ulcer Syndrome in Adult Horses, Journal of Veterinary Internal Medicine 29(5):1288 (amidon par repas et par jour, fourrage, pré, paille)
- Durham et coll. — ECEIM consensus statement on equine metabolic syndrome, Journal of Veterinary Internal Medicine 33(2):335 (ingestion restreinte, trempage, muselières, glucides non structuraux, limites de la note d'état)
- Henneke et coll., Equine Veterinary Journal 15(4):371 (l'échelle de 1 à 9)
- Carroll et Huntington, Equine Veterinary Journal 20(1):41 (l'échelle de 0 à 5)
- Carter et coll., The Veterinary Journal 179(2):204 (la note de crête d'encolure)
- National Research Council — Nutrient Requirements of Horses, 6e édition révisée
Cité par DOI plutôt que par lien d'éditeur à dessein : les deux consensus ont changé d'éditeur depuis leur publication et les DOI ont survécu au changement. Les consensus comme les avis sont révisés ; vérifiez s'il existe une version plus récente avant de vous y appuyer.
Également disponible en Français (France, Suisse) · English (US, UK) · Español (España, México) · Deutsch (Deutschland, Österreich, Schweiz) · Italiano (Suisse, Italie) · Nederlands (Flandre, Pays-Bas) — une même question, dix réponses réglementaires, et la Wallonie est la seule à chiffrer sans contraindre.
Ensuite : la vermifugation du cheval en Belgique — coproscopie, seuils et vermifugation raisonnée.