Alimentation du cheval au Québec : le Code devenu obligatoire, l'état de chair à 3 et l'hiver
Dernière vérification le 6 novembre 2026
Au Québec, le Code de pratiques pour le soin et la manipulation des équidés n'est plus un guide de bonnes pratiques : depuis le 10 février 2024, ses exigences s'imposent à tout propriétaire ou gardien d'un cheval, d'un poney, d'un âne ou d'une mule. Au Canada, seules l'Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador l'imposent aussi à tout propriétaire de chevaux; ailleurs, il oblige au mieux certains. Il chiffre aussi l'état de chair : des mesures correctives à 3 ou moins, et à 8 ou plus, sur 9. Et la loi québécoise tranche une question que l'hiver pose chaque année : la neige et la glace ne sont pas de l'eau.
Ce texte résume la loi et des recommandations publiées et ne remplace pas l'avis d'un vétérinaire ni d'un juriste. La ration d'un cheval dépend du cheval, de son travail et de son foin, et c'est votre vétérinaire ou un nutritionniste qui l'établit.
Ailleurs au Canada? La version anglaise compare la loi des autres provinces : l'Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador rendent aussi le Code obligatoire pour tous les chevaux. En France, en Belgique ou en Suisse? Lisez plutôt le guide français, le guide belge ou le guide suisse.
Ce que dit la loi : suffisante, convenable, et pas de neige
L'article 5 de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l'animal oblige le propriétaire ou le gardien à s'assurer que le bien-être ou la sécurité de l'animal n'est pas compromis, ce qui est présumé dès qu'il ne reçoit pas les soins propres à ses impératifs biologiques. Le premier de ces soins est qu'il « ait accès à une quantité suffisante et de qualité convenable d'eau et de nourriture », et l'article précise : « Pour l'application du paragraphe 1° du premier alinéa, la neige et la glace ne sont pas de l'eau. »
Le guide d'application du MAPAQ ajoute que l'eau et la nourriture n'ont pas à être offertes en tout temps, mais que l'animal « ne doit pas être déshydraté ni présenter un état de chair non conforme aux normes de pratiques en vigueur ». Les contraventions à l'article 5 exposent à des amendes qui peuvent atteindre 62 500 $ pour une personne, davantage en cas de récidive, et le tribunal peut interdire à quelqu'un de garder des animaux. Au-dessus de la loi québécoise, l'article 446 du Code criminel punit quiconque, propriétaire ou gardien, « volontairement néglige ou omet de lui fournir les aliments, l'eau, l'abri et les soins convenables et suffisants ».
Le Code, devenu obligatoire pour tous les chevaux
La loi exempte les activités agricoles pratiquées « selon les règles généralement reconnues ». Pour les équidés, le règlement entré en vigueur en 2024 dit ce que sont ces règles. Son article 52 : « Tout propriétaire ou gardien d'un équidé doit se conformer aux règles généralement reconnues que représentent les exigences contenues dans le "Code de pratiques pour le soin et la manipulation des équidés", publié par le Conseil national pour les soins aux animaux d'élevage », à l'exception de la tenue de registres et des reçus des traitements, du programme antiparasitaire et du plan écrit de biosécurité. Selon le MAPAQ, l'article vise le cheval « gardé ou utilisé dans le cadre d'activités d'agriculture ou non » : le cheval de loisir au fond d'un rang comme le cheval d'élevage.
Le guide du règlement fait la part des choses : « Les exigences représentent les obligations à respecter en vertu du Règlement, tandis que les pratiques recommandées dans le Code sont facultatives. » Il précise aussi qu'« il faut se référer à la plus récente version du Code ». Or le Code de 2013 est en révision : la consultation publique a pris fin le 12 mars 2026, et le CNSAE prévoit de terminer en avril 2027. La nouvelle version changera donc, selon cette lecture du MAPAQ, ce qui est obligatoire au Québec.
Les exigences sur l'eau et la ration
- L'eau : « Le cheval doit avoir accès à de l'eau exempte de risques, salubre, propre, et en quantité suffisante pour le maintenir vigoureux et en santé. » Par grand froid ou grande chaleur, « une attention particulière doit être portée à la disponibilité de l'eau, à son accès et à la quantité consommée ». Les abreuvoirs doivent être nettoyés régulièrement et maintenus en bon état de marche.
- Le foin : « Du foin visiblement dénué de moisissure et contenant le moins de poussière possible doit être mis quotidiennement à la disposition de l'animal. » Le cheval ne doit recevoir que des aliments convenant à son espèce, et les concentrés doivent être gardés en lieu sûr pour qu'il ne puisse pas trop en manger.
- La ration : une alimentation « adéquate pour le maintenir vigoureux et en santé », qui répond à ses besoins d'entretien, aux besoins nécessaires à ses activités et à son environnement, et l'accès à du sel, dans la ration ou en libre accès, en bloc ou en vrac.
- La fourbure : un cheval atteint doit bénéficier d'un programme de régie adapté pour le reste de sa vie.
La page du gouvernement du Québec sur les chevaux le résume : « L'alimentation devrait être principalement constituée de foin sain avec le moins de poussière possible. » Le Code compte qu'un cheval adulte mange 1,5 à 2 % de son poids par jour, et recommande, pour un cheval sans pâturage ni foin à volonté, au moins deux repas par jour et des changements de ration étalés sur 7 à 10 jours.
Le chiffre : 3 et 8 sur 9
La plupart des lois s'arrêtent à « suffisant » et laissent le jugement à qui regarde le cheval. Le Code trace la ligne lui-même : « des mesures correctives doivent être prises à un indice d'état corporel de 3 ou moins et à un indice d'état corporel de 8 ou plus (sur une échelle de 1 à 9) », et « un vétérinaire doit être consulté si l'animal ne répond pas à la mesure corrective ». Pour les ânes et les mules, sur une échelle de 1 à 5, les seuils sont 2 et 4. Un cheval ne doit pas non plus être affamé ou privé de nourriture pendant de longues périodes pour le faire maigrir.
Entre les deux lignes, le Code recommande un indice de 4 à 6 pour la plupart des chevaux, de 5 à 7 pour la jument poulinière, et de ne pas modifier l'apport d'énergie de plus de 10 à 15 % par semaine. Le cheval trop gras est donc un problème de bien-être au même titre que le cheval trop maigre. En hiver, un poil épais peut faire paraître un cheval en meilleur état qu'il ne l'est : il faut le regarder et lui tâter les côtes.
L'hiver : plus de foin sous −15 °C
Le Code l'écrit simplement : « Les chevaux exposés à des températures inférieures à 5 °C ont besoin de consommer une plus grande quantité d'aliments (surtout des fourrages) ». Le ministère ontarien de l'Agriculture donne des chiffres plus précis :
- la température critique inférieure est de −15 °C pour un cheval adulte au Canada, et de 0 °C pour un cheval en croissance;
- sous −15 °C, l'énergie d'entretien d'un adulte augmente de 2,5 % par degré, « soit 2 % plus de nourriture »;
- à −40 °C, il faut 4,5 à 5 kg de nourriture de plus par jour;
- un cheval a besoin de 10 à 21 jours pour s'adapter à une baisse de température.
Le foin de bonne qualité est la façon la plus simple et la plus appropriée de fournir cette énergie. Toute mangeoire convient s'il y a trois à quinze mètres entre les chevaux du groupe, pour que le plus timide mange aussi, et les mangeoires réduisent le gaspillage d'environ 25 %.
L'eau quand tout gèle
Un cheval boit davantage par temps froid, pas moins, et le Code note que ses besoins peuvent augmenter parce que la consommation d'eau suit la ration. L'annexe du Code, tirée du National Research Council américain, donne à un cheval de 500 kg au repos environ 25 litres par jour à 20 °C et environ 42 litres à −20 °C. Une fiche du MAPAQ publiée sur Agri-Réseau estime qu'une eau proche du point de congélation peut réduire la consommation « jusqu'à 40 % » et juge qu'une eau dégourdie en hiver « est recommandable »; le ministère ontarien recommande une eau chauffée entre 2 et 10 °C. Et la neige n'est pas une solution, au Québec par la loi et partout ailleurs par l'arithmétique : un cheval devrait en manger dix fois plus que l'eau dont il a besoin.
Ce que le foin et le pâturage peuvent faire
- Le trèfle alsike cause de la photosensibilisation et une atteinte du foie. Le ministère ontarien recommande qu'il ne dépasse pas 5 % de la ration d'un cheval et qu'il soit absent des mélanges de semences pour les pâturages et le foin de chevaux.
- Les feuilles fanées d'érable rouge détruisent les globules rouges. Le risque va de juin à octobre, les feuilles ramassées après la mi-septembre agissent plus vite, et 1,5 à 3 g de feuilles par kilo de poids suffisent à rendre un cheval malade; les feuilles fraîches ne semblent pas en cause. Les chevaux meurent souvent en 18 à 24 heures.
- Le foin moisi ou poussiéreux, pressé trop humide, peut causer des problèmes respiratoires et un risque de colique : c'est pourquoi l'exigence du Code sur le foin parle de moisissure et de poussière avant de parler de quantité.
- Le pâturage riche, « abondant en herbe grasse », est l'un des risques de fourbure que le Code nomme, et il recommande d'en réduire l'accès aux chevaux à risque.
Écrivez-le, parce que ce n'est pas vous qui nourrissez
Un cheval en pension est nourri par la personne qui fait la tournée, et en février c'est peut-être quelqu'un qui casse la glace avant d'aller travailler. La portion de plus sous −15 °C, le foin trempé, la raison pour laquelle celui-ci ne sort pas sur le pâturage riche : rien de tout cela ne survit à un changement de mains si ce n'est pas écrit là où la personne qui nourrit peut le lire. Et un état de chair n'a de valeur qu'en série. Une note dit comment le cheval paraît aujourd'hui; trois notes à un mois d'intervalle disent si la ration d'hiver fonctionne.
Questions fréquentes
Le Code de pratiques pour les équidés est-il obligatoire au Québec?
Oui, depuis le 10 février 2024. L'article 52 du Règlement sur le bien-être et la sécurité des animaux domestiques de compagnie et des équidés oblige tout propriétaire ou gardien d'un équidé à se conformer aux exigences du Code de pratiques pour le soin et la manipulation des équidés, sauf celles sur les registres et les reçus de traitements, le programme antiparasitaire et le plan écrit de biosécurité. Les pratiques recommandées du Code restent facultatives.
À partir de quel état de chair faut-il agir?
Le Code exige des mesures correctives à un indice d'état corporel de 3 ou moins et de 8 ou plus, sur une échelle de 1 à 9, et la consultation d'un vétérinaire si le cheval ne répond pas. Il recommande un indice de 4 à 6 pour la plupart des chevaux. Pour les ânes et les mules, sur une échelle de 1 à 5, les seuils sont 2 et 4.
La neige suffit-elle comme source d'eau pour un cheval en hiver?
Non, et au Québec la loi le dit : pour l'application de l'article 5 de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l'animal, la neige et la glace ne sont pas de l'eau. Un cheval boit d'ailleurs davantage par temps froid, et le ministère ontarien de l'Agriculture recommande une eau chauffée entre 2 et 10 °C.
Un plan que tous ceux qui nourrissent peuvent lire
EquiDiary garde le plan d'alimentation sur le cheval lui-même : ce qu'il reçoit, en quelle quantité, à quel moment et quels jours. Tous ceux avec qui le cheval est partagé, le responsable de l'écurie ou l'amie qui fait le repas du soir, lisent le même plan, même hors ligne dans le fenil où le réseau ne passe pas, et seul le propriétaire peut le modifier. Changez-le pour l'hiver, et l'application propose de noter le changement dans le carnet. Notez chaque état de chair comme un contrôle poids / état, avec l'échelle utilisée, et la série est là quand vous en avez besoin.
Essayer 3 mois gratuitementSources
- MAPAQ — Guide d'application de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l'animal (texte de l'article 5)
- MAPAQ — Guide d'application du Règlement sur le bien-être et la sécurité des animaux domestiques de compagnie et des équidés (texte de l'article 52) et résumé du règlement
- Gouvernement du Québec — Chevaux et autres équidés
- Conseil national pour les soins aux animaux d'élevage — Code de pratiques pour le soin et la manipulation des équidés (2013) et la révision en cours
- Ministère de l'Agriculture de l'Ontario — Gérer et nourrir des chevaux par temps froid
- MAPAQ, Agri-Réseau — L'eau (D. Cinq-Mars)
- Ministère de l'Agriculture de l'Ontario : intoxication au trèfle alsike et intoxication aux feuilles d'érable rouge et Agronomy Guide, chapitre 3 (foin moisi) (en anglais)
- Code criminel, article 446
Le Code est en révision : vérifiez s'il existe une nouvelle édition avant de vous fier à une exigence citée ici.
Également disponible en Français (France, Belgique, Suisse) · Deutsch (Schweiz, Deutschland, Österreich) · English (US, UK, Australia, Canada) · Español (España, México) · Português (Portugal, Brasil) · Italiano (Suisse, Italie) · Nederlands (Flandre, Pays-Bas) — une même question, dix-sept réponses réglementaires, et le Québec est l'une des trois provinces qui ont fait d'un code national une obligation pour chaque cheval, seuils d'état de chair compris.
À lire ensuite : la vaccination du cheval au Québec — les vaccins de base, la rage et l'EEE, et les six mois de Cheval Québec.