Vermifugation du cheval au Québec : sur ordonnance, la coprologie d'abord, et les résistances trouvées au Canada
Dernière vérification le 6 novembre 2026
Au Québec, un vermifuge pour cheval ne s'achète pas comme un sac de moulée. Les vermifuges courants sont des médicaments vendus sur ordonnance d'un médecin vétérinaire, alors qu'en Ontario on les trouve chez le marchand de fournitures agricoles. Ce qui ressemble à une contrainte est en fait le cadre qu'exige la vermifugation d'aujourd'hui : une coprologie avant de traiter, un ou deux traitements par année pour la plupart des chevaux, et un test pour savoir si le produit fonctionne encore.
Ce texte résume des recommandations publiées et ne remplace pas l'avis d'un vétérinaire. Quels chevaux traiter, quand et avec quoi dépend du cheval, du pâturage et des résistances de votre écurie, et c'est votre vétérinaire qui décide.
Ailleurs au Canada? La version anglaise couvre la vente libre, en Ontario notamment. En France, en Belgique ou en Suisse? Lisez plutôt le guide français, le guide belge ou le guide suisse.
Sur ordonnance au Québec, en vente libre au fédéral
Au fédéral, Santé Canada classe tous les vermifuges pour chevaux parmi les médicaments sans ordonnance, et en Ontario les détaillants de fournitures agricoles, les meuneries et les selleries en vendent couramment. Le Québec fait exception. Le Règlement sur les conditions et modalités de vente des médicaments, adopté en vertu de la Loi sur la pharmacie et de la Loi sur les médecins vétérinaires, range les médicaments pour animaux en deux annexes : ceux vendus sur ordonnance (annexe IV) et ceux vendus sous surveillance professionnelle (annexe V), que seuls un pharmacien ou un vétérinaire peuvent vendre au public. Dans le texte en vigueur, dont l'annexe IV a été modifiée pour la dernière fois en 2015, celle-ci comprend les avermectines, dont l'ivermectine, les milbémycines, dont la moxidectine, le fenbendazole, l'oxibendazole, le pyrantel, le praziquantel et la pipérazine : tout ce qui se vend pour un cheval au Canada. Le texte publié à la Gazette officielle le 7 février 2001 les y mettait déjà.
La règle est appliquée. En 2019, l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec a annoncé qu'une meunerie avait été condamnée à une amende de 3 500 $ pour avoir vendu du Quest Plus Gel, « un médicament d'ordonnance listé à l'annexe IV ». Et la Loi sur la protection sanitaire des animaux, qui compte les antiparasitaires parmi les médicaments, interdit d'administrer à ses propres animaux un tel médicament obtenu sans ordonnance. Une fiche du MAPAQ le dit pour les produits achetés en vente libre hors Québec ou en ligne : « si elle n'est pas issue d'une prescription vétérinaire, l'utilisation de bon nombre de ces médicaments est illégale ».
En pratique, cela met le vétérinaire dans la boucle de chaque traitement, ce qui est exactement ce que recommande la vermifugation raisonnée.
Le Code l'exige, le règlement québécois non
Le Code de pratiques pour le soin et la manipulation des équidés a une seule exigence sur les parasites : un programme de lutte contre les parasites, pour prévenir les maladies qu'ils causent, doit être en place. Il recommande de le bâtir avec un vétérinaire, selon l'âge, la densité des chevaux, les parasites résistants et la saison, et il est clair sur ce qui a mal tourné : il associe la résistance au fait de vermifuger tous les chevaux toutes les 6 à 12 semaines en alternant les produits.
Le Québec a rendu les exigences du Code obligatoires en 2024, mais l'article 52 du Règlement sur le bien-être et la sécurité des animaux domestiques de compagnie et des équidés en exclut celles qui portent sur la mise en place d'un programme antiparasitaire, comme celles sur les registres de traitements. Au Québec, le programme est donc recommandé plutôt qu'obligatoire, et l'ordonnance fait le reste.
Compter avant de traiter
L'American Association of Equine Practitioners (AAEP) a révisé ses lignes directrices en mai 2024 :
- Une coprologie une ou deux fois par année classe les chevaux adultes en faibles, moyens et gros excréteurs, et ce sont souvent les mêmes chevaux d'une année à l'autre.
- Un traitement de base pour tous : une ou deux fois par année, quel que soit le résultat, contre les parasites qu'une coprologie ne montre pas.
- Davantage seulement pour les gros excréteurs : au-delà de 500 œufs par gramme (opg), un ou deux traitements de plus, pendant la saison de transmission, pas en hiver.
- Un test d'efficacité chaque année.
- Cesser de traiter tous les chevaux à intervalles fixes toute l'année, et d'alterner les classes de produits « à l'aveugle ».
Le MAPAQ a publié en 2013, avec la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, une fiche sur l'optimisation de la vermifugation qui suit la même logique : analyser les selles de six chevaux ou de 10 % du groupe, idéalement en avril et mai; tester les chevaux de deux ans et moins tous les six mois et ceux de trois ans et plus une fois par année; ramasser le fumier au moins deux fois par semaine; et garder les chevaux hors du pâturage quatre à six semaines après un épandage de fumier. Deux de ses conseils ont vieilli depuis : la fiche recommandait d'alterner les vermifuges et la méthode de Wisconsin pour le portrait du troupeau et les jeunes chevaux, alors que l'AAEP demande en 2024 de cesser l'alternance à l'aveugle et juge la méthode de Wisconsin peu adaptée au cheval.
Vérifier que le vermifuge fonctionne encore
Le test de réduction du nombre d'œufs compare la coprologie du jour du traitement à celle d'environ deux semaines plus tard. La fiche du MAPAQ jugeait efficace un vermifuge qui réduit le compte de plus de 95 % pour les lactones macrocycliques et de plus de 90 % pour les autres. Les seuils de l'AAEP de 2024 pour les petits strongles (cyathostomes) :
| Classe | Réduction attendue | Résistance sous | Chevaux par test |
|---|---|---|---|
| Ivermectine, moxidectine | 99,9 % | 92 % | 5 |
| Benzimidazoles (fenbendazole) | 99 % | 90 % | 7 |
| Pyrantel | 98 % | 80 % | 7 |
Il faut compter en moyenne au moins 40 œufs par cheval avant le traitement, ce qui explique qu'on teste des chevaux à coprologie positive, et que le résultat vaut pour l'écurie plutôt que pour un cheval.
Les résistances mesurées au Canada
| Où | Ce qui a été trouvé |
|---|---|
| Deux fermes de Standardbred en Ontario (essais de 1985 à 1997, publiés en 2008) | en 1997, le fenbendazole ne réduisait le compte d'œufs de petits strongles que de 49 % dans l'une d'elles; l'ivermectine et la moxidectine fonctionnaient encore |
| Une ferme canadienne (1997, publié en 2006) | le pamoate de pyrantel réduisait le compte de moins de 80 % chez cinq juments sur six |
| Trois haras du sud-ouest de l'Ontario (2002-2003) | contre l'ascaris du poulain (Parascaris), ivermectine efficace à 34 % et moxidectine à 47 %; fenbendazole et pyrantel à 98 % |
| Un élevage de pur-sang près de Toronto (2002) | Parascaris apparemment résistant à l'ivermectine : des œufs chez 12 poulains sur 21, 13 jours après le traitement |
| Île-du-Prince-Édouard, 14 fermes (2021) | résistance au pyrantel dans 5 fermes, aucune à l'ivermectine |
| Île-du-Prince-Édouard, 40 fermes (2023) | coprologie faite pour moins de 5 % des chevaux; 60 % des chevaux porteurs d'anticorps contre le grand strongle Strongylus vulgaris |
| Nécropsies en Alberta (2010-2022) | lésions actives des artères dues à S. vulgaris chez 6 % de 510 chevaux, et une lésion quelconque chez 17 % |
Aucune étude de résistance propre au Québec n'a été publiée à notre connaissance; la fiche du MAPAQ de 2013 mentionnait quelques cas de résistance possible envoyés au laboratoire de parasitologie de la Faculté de médecine vétérinaire, dont un confirmé. Les deux moitiés du tableau tirent en sens contraire, et c'est tout l'intérêt de la coprologie : traiter trop souvent rend les petits strongles et les ascaris résistants, ne jamais regarder laisse le grand strongle abîmer les artères. L'AAEP note aussi que les œufs réapparaissent plus vite après un traitement : 8 à 10 semaines pour l'ivermectine et 12 à 16 pour la moxidectine dans les années 1990, 4 à 5 semaines pour les deux aujourd'hui. Selon l'AAEP, ce n'est pas forcément un signe de résistance, mais l'excrétion d'œufs est réprimée moins longtemps.
Ce que l'hiver ne fait pas
On aimerait croire qu'un hiver québécois stérilise le pâturage. Ce n'est pas le cas. L'AAEP note que sous 0 °C les larves en développement meurent, mais que les œufs non embryonnés et les larves infestantes peuvent persister pendant des mois, et que ce sont les cycles répétés de gel et de dégel qui leur nuisent. Une étude en Saskatchewan a trouvé des larves infestantes qui avaient passé l'hiver au pâturage. En Ontario, les larves sur l'herbe culminaient de la fin d'août à la mi-octobre, et la transmission se faisait surtout du milieu de l'été au milieu de l'automne : c'est pourquoi la coprologie d'automne et le traitement de la fin de l'automne comptent plus qu'une dose en plein hiver.
L'hiver a son propre danger. Les larves de petits strongles enkystées dans la paroi de l'intestin peuvent émerger en masse, et une revue ontarienne de 24 cas de cette cyathostomose larvaire les situe entre septembre et mai, surtout d'octobre à décembre. Une coprologie négative ne les exclut pas, puisque ces larves ne pondent pas. La moxidectine et une cure de cinq jours de fenbendazole sont les seuls traitements homologués contre elles, mais selon l'AAEP ils en éliminent moins de 85 %, et c'est le vétérinaire qui décide si un cheval en a besoin.
Poulains, ténias et gastérophiles
- Les poulains sont traités contre l'ascaris plutôt que contre les strongles : l'AAEP propose deux traitements, vers deux ou trois mois puis vers cinq mois, avec un benzimidazole, une première coprologie à cinq ou six mois, puis une ivermectine ou une moxidectine avec du praziquantel entre six et neuf mois. Pour l'ascaris, il faut présumer une résistance à l'ivermectine et à la moxidectine tant que le contraire n'est pas démontré, ce que les fermes ontariennes ont confirmé.
- Le ténia : du praziquantel au moins une fois par année si les chevaux vont au pâturage, à la fin de l'automne, quand le froid a arrêté la transmission. Au Canada, le praziquantel pour chevaux se vend associé à l'ivermectine ou à la moxidectine. Une étude ontarienne sur 234 chevaux, dont la moitié avaient des coliques, a trouvé des anticorps contre le ténia chez 56 % d'entre eux.
- Les gastérophiles : le traitement d'automne à l'ivermectine ou à la moxidectine aide à les réduire; selon l'AAEP, l'ivermectine serait plus efficace que la moxidectine contre leurs larves.
Les délais d'attente, et le DIE
Au Canada, un cheval peut entrer dans la chaîne alimentaire, et chaque vermifuge reçu pendant ses 180 derniers jours figure dans son Document d'information concernant les équidés, avec le DIN du produit, la date et le délai d'attente. Quand l'étiquette ne donne pas de délai propre au cheval, l'ACIA publie des délais provisoires : 7 jours pour le pyrantel, 13 pour le fenbendazole, 28 pour l'ivermectine, avec ou sans praziquantel, et 36 pour la moxidectine. Aucun vermifuge ne figure sur la liste des médicaments qui excluent un cheval à vie de la chaîne alimentaire, mais les dates doivent tout de même être notées. Le guide des papiers du cheval au Québec explique le DIE en détail.
Pourquoi le plan dérive
Un programme fondé sur la coprologie ne vaut que par le registre qui le suit. Les comptes du printemps dernier, le produit donné l'automne passé, le test qui a montré que le pyrantel ne fonctionne plus dans votre écurie : un an plus tard, dans une nouvelle pension ou avec un nouveau vétérinaire, plus personne ne s'en souvient, et le cheval retombe dans un calendrier par défaut. Le gros excréteur est le même cheval d'une année à l'autre, ce qui n'est utile que si quelqu'un peut voir le chiffre de l'an dernier. Le règlement québécois ne vous oblige pas à tenir ce registre; votre vétérinaire, lui, en aura besoin pour sa prochaine ordonnance.
Questions fréquentes
Faut-il une ordonnance pour acheter un vermifuge pour cheval au Québec?
Oui pour les vermifuges courants. Le Règlement sur les conditions et modalités de vente des médicaments les range parmi les médicaments vendus sur ordonnance d'un médecin vétérinaire, que seuls un pharmacien ou un vétérinaire peuvent vendre au public, et une meunerie a été condamnée en 2019 pour avoir vendu un de ces gels, à la moxidectine et au praziquantel. La Loi sur la protection sanitaire des animaux interdit aussi d'administrer à ses animaux un tel médicament obtenu sans ordonnance, même acheté en vente libre dans une autre province.
Combien de fois par année faut-il vermifuger un cheval?
Pour la plupart des chevaux adultes, une ou deux fois par année, selon les résultats de la coprologie. Les lignes directrices de l'AAEP, révisées en 2024, prévoient un ou deux traitements de base par année pour chaque cheval et un ou deux de plus, pendant la saison de transmission, pour les gros excréteurs, au-delà de 500 œufs par gramme. Les poulains suivent un programme à part, et c'est le vétérinaire qui l'établit.
L'hiver tue-t-il les œufs de vers dans les pâturages?
Pas de façon fiable. Sous zéro, les larves en développement meurent, mais les œufs non embryonnés et les larves infestantes peuvent survivre pendant des mois, et une étude en Saskatchewan a trouvé des larves infestantes qui avaient passé l'hiver au pâturage. Ce sont plutôt les cycles de gel et de dégel qui leur nuisent. En Ontario, la transmission se faisait surtout du milieu de l'été au milieu de l'automne.
Gardez les comptes là où est le cheval
EquiDiary garde les coprologies, les traitements et les produits de chaque cheval dans un même historique. Notez la coprologie, sous le type Coproscopie, avec son résultat, notez le vermifuge avec le produit et la date, et le carnet se souvient pour vous, y compris des dates qu'un DIE demande. Inscrivez le traitement de base de chaque cheval dans le plan de soins, et un courriel le matin vous dit quand il est dû. Votre vétérinaire, le responsable de l'écurie et vous voyez la même page.
Essayer 3 mois gratuitementSources
- Gazette officielle du Québec, 7 février 2001 — Règlement sur les conditions et modalités de vente des médicaments (en anglais) et projet publié le 19 avril 2000; Règlement sur les conditions et modalités de vente des médicaments (RLRQ, c. P-10, r. 12), texte en vigueur, annexes IV et V
- Ordre des médecins vétérinaires du Québec — Avis de pratique illégale (2019)
- Loi sur la protection sanitaire des animaux (version administrative du MAPAQ), articles 55.1 et 55.4
- MAPAQ et Faculté de médecine vétérinaire — Optimiser la vermifugation des chevaux (2013)
- CNSAE — Code de pratiques pour le soin et la manipulation des équidés (2013), section 4.1.3, et MAPAQ — Guide d'application du règlement (article 52)
- American Association of Equine Practitioners — Internal Parasite Control Guidelines (2024) (en anglais)
- Études de résistance en Ontario : Slocombe, Coté et de Gannes, Revue vétérinaire canadienne (2008); Slocombe et de Gannes (2006); Slocombe, de Gannes et Lake (2007); Hearn et Peregrine (2003) (en anglais)
- Île-du-Prince-Édouard : Butler et al. (2021) et Stoughton et al. (2023); Alberta : Domshy et al. (2024) (en anglais)
- Climat et saison : Polley (1986), Slocombe et al. (1987), Peregrine et al. (2006) (cyathostomose larvaire en Ontario) et Trotz-Williams et al. (2008) (ténia) (en anglais)
- Ontario — Livestock medicine sales in Ontario (en anglais) et Santé Canada — Base de données sur les produits pharmaceutiques
- ACIA — Document d'information concernant les équidés (délais d'attente provisoires, section 8)
Les recommandations évoluent et les résistances varient d'une écurie à l'autre : validez le programme avec votre vétérinaire avant de l'appliquer.
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À lire ensuite : les papiers du cheval au Québec — pas de passeport, mais le test Coggins, la frontière et le DIE.